MARTEL Amy DELEVOYE Clément

En quoi le parcours de Clauberg est-il si particulier ?

Né en 1898, Carl Clauberg est un médecin de formation. Il réussit brillamment ses études avant d’obtenir le titre de gynécologue en 1937. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il poursuit ses expériences scientifiques dans les camps d’Auschwitz et de Ravensbrück. Par sa proximité avec Berlin et notamment Himmler, Clauberg bénéficie d’un laboratoire sur ces lieux, appelé le « Bloc 10 » à Auschwitz. Il approfondit ses recherches sur la stérilisation féminine. Il utilise des femmes issues de ces camps, forcées de subir ses expérimentations. Dans le « Bloc 10 », il met à exécution ses théories sur des femmes. Aujourd’hui, le bloc est toujours fermé au public pour des questions éthique et psychologique. Il est une figure machiavélique de la science. Preuve de son sadisme, il ne cache pas avoir fait visiter son laboratoire à sa famille, dans lequel les femmes ont été stérilisées à jamais, sans leur consentement.

À la fin de la guerre, il est jugé puis relâché 7ans après son jugement. En 1955, après avoir publié une demande de recherche de dactylo, des femmes rescapées du « Bloc 10 » interpellent la justice allemande. Il est à nouveau incarcéré et dit avoir sauvé et stérilisé ces femmes. Il meurt en 1957, juste avant son procès. Son parcours est très particulier puisqu’il a traversé 3 phases. Tout d’abord brillant scientifique, reconnu pour ses recherches sur la fertilité et les hormones ovariennes, il sombre peu à peu dans l’industrie mise en place par le régime nazi. L’objectif du Reich est de stériliser 1 000 femmes par jour, afin de limiter leur reproduction et leur descendance. Clauberg n’éprouve aucun remord et poursuit dans cette volonté de satisfaire le gouvernement. Enfin, son procès minimal lui permet de reprendre son travail et une vie classique, comme si de rien n’était. Malgré l’utilisation forcée de femmes puis d’enfants, ses expériences ont fait avancer la science, notamment le développement de la première pilule contraceptive.
Aujourd’hui encore, Bayer possède les droits de propriété sur ces recherches, firme qui soutenait les travaux de Clauberg dans les camps (entreprise Schering). Il est légitime de se questionner sur la forme des expériences menées : jusqu’à quel point peut-on pratiquer des expériences sous prétexte de faire progresser la recherche scientifique ? Clauberg, aidé par les moyens mis à disposition, ne se souciait pas de la vie des femmes ou des « pièces » qu’il voyait dans son laboratoire.

Synthèse rédigée par Gauthier HOUARD à partir d’extraits du documentaire « Les expérimentations médicales à Auschwitz – Clauberg et les femmes du bloc 10 réalisé par ARTE »