BONBECS À AUSCHWITZ – Elysiane CHAMPAGNE

Le samedi 9 avril 2022, c’est le jour où je rentre chez moi. À cet instant précis, une multitude de questions jaillissent de mon esprit et se bousculent au fur et à mesure que je réfléchis. Jamais jusqu’alors je n’avais pris la vraie mesure de ce que signifiait vraiment l’expression « chez moi ». Je la ressens et le soleil qui frappe mon visage ne parvient pas à ralentir le cours de mes pensées. Comment expliquer dans les moindres détails mes ressentis, mes émotions, mes réflexions lorsque mes pieds ont touché le sol polonais ? Auschwitz… Pourquoi avoir construit un tel camp de concentration et de mise à mort ? Comment de telles atrocités ont pu émerger et exister ? Pourquoi tant d’injustice et de terreur ? À l’heure où j’écris, ces questions ne cessent de défiler dans ma tête. Ou plutôt non, elles cognent contre des portes closes dont je ne parviens pas à trouver la clé. Existet-elle seulement cette clé ? Ne s’est-elle pas perdue là-bas, dans les plaines marécageuses où le corbeau n’a jamais cessé de croasser ? Mon corps est bel et bien chez moi, mes parents et ma petite soeur sont heureux de me revoir. Mon sourire est bien là mais mon esprit est ailleurs. Il y a toujours cette part de moi en Pologne, une partie de mon esprit qui se situe toujours dans le scénario horrifiant qu’offre Auschwitz…..

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Compte rendu du voyage – Jeanne FAVEEUW

25/03/2022, J-11:

J’ai décidé de commencer ce compte rendu de manière purement personnelle, en parlant de mes connaissances « pré Auschwitz » pour donner une idée de mon avis avant le voyage et pour voir cet avis évoluer, ces connaissances s’enrichir au fur et à mesure de mes écrits et de nos visites. Durant ma scolarité, j’ai effectué de nombreuses heures de travail sur la Shoah, lu des livres, des articles, vu des films, des reportages… Et l’oeuvre qui m’a le plus touchée est Le journal d’Anne Frank lu au cours de mon année de 3ème. Si c’est un homme de Primo Lévi a certes été une lecture enrichissante pour la représentation de la vie à l’intérieur d’un camp, des actions menées au cours d’une période hors du temps et tragiquement exceptionnelle, cependant son côté récit linéaire m’a donné l’impression que pour Primo Lévi cette histoire était devenue « une évidence » ou une « habitude »…

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Hommage aux détenues de Budy-Bor: nous ne les oublierons pas

Le jeudi 7 avril 2022, après une journée très intense et forte en émotions au musée d’Auschwitz I, une dernière étape restait au programme de notre groupe avant le retour à Cracovie : le sous-camp de Budy Bor.

Arrivés à la lisière d’un village, entourés de champs et proches d’habitations, personne ne savait ce que nous allions découvrir à la sortie de notre car. Nous n’avions pas vraiment préparé cette « visite » en amont. Nous savions juste que Budy Bor figurait parmi la centaine de sous-camps de travail entourant le Stammlager, le camp principal. L’interrogation, mêlée à la fatigue et à l’émotion de la journée, était à son comble. Nous nous sommes approchés d’un petit bâtiment et un homme en costume nous accueillit et commença à nous livrer, sans introduction préalable, des explications poignantes en Polonais. Notre guide, Dorothea, traduisait.

Cet homme était M. Dagmar Kopijasz, émouvant président de l’association locale entretenant le souvenir de ce lieu devenu récemment un site mémoriel, fruit d’un travail bénévole après des années d’oubli. Nous avons été saisis par l’histoire tragique qui s’y est déroulée : des détenues étaient envoyées en « rééducation » dans ce camp disciplinaire où la terreur entretenue par les capos, des gardiennes allemandes, était maximale. Les déportées étaient assignées à des travaux agricoles forcés très pénibles, durant de longues journées. Elles dormaient entassées, jusqu’à cent au rez-de-chaussée, et cent dans le grenier, à même le sol, sans sanitaires, dans ce petit bâtiment qui était avant-guerre une école. En octobre 1942, 90 juives françaises ont brutalement été assassinées, de manière primitive, par leurs six gardiennes. Les détails de ce massacre ont choqué et glacé tout le groupe, avant la visite du musée présentant des objets originaux qui appartenaient aux prisonnières. Stupeur d’apprendre en partant qu’il servit d’école pendant des décennies, comme si rien ne s’était produit…

A plusieurs reprises, M. Kopijasz, qui a épuisé toutes les recherches possibles en Pologne, heureux d’accueillir des élèves venus de France sur ce site sorti des sentiers battus traditionnels, nous a lancé un appel du coeur, qui nous a profondément touchés : afin d’ériger une plaque commémorative pour rendre hommage aux victimes de ce sous-camp et leur redonner une humanité, il nous a demandé de mener des recherches en France et de revenir avec des noms de disparues.

Néo en témoigne avec des mots simples : « La visite de Budy Bor a été faite par le directeur du musée lui-même. C’est alors que je me suis rendu compte de l’implication des Polonais dans le devoir de mémoire, par cet homme qui dirigeait un musée autonome et qui collectait des objets du camp et qui demandait à des touristes français comme nous de chercher à retrouver le nom des victimes françaises pour pouvoir l’inscrire sur la plaque commémorative, ce qui m’a beaucoup touché. »

Sur le chemin du retour, l’ambiance est lourde, personne ne parle. Mais au fond de nous, nous nous sentons investis d’une mission mémorielle. Nous n’oublierons pas le sous-camp de Budy Bor et ses victimes. Nous n’oublierons pas la demande de M. Kopijasz.

Les professeurs porteurs du projet : Mme Demanze (HLP), M. Brasseur (LLCE Anglais), M.
RENAUD (SVT) et M. SOLOCH (HGGSP).